
Les associations de cultures
Ce mois-ci, nous pourrions faire un énième article sur la sécheresse et les nouveaux records de chaleur. C’est très dur pour les plantes et les animaux et éreintant pour les humains. Mais on résiste et on s’adapte…
Pour rester positif, on va parler aujourd’hui d’un des avantages des micro-fermes non mécanisées : la souplesse des modes de cultures et les possibilités quasi-infinies des associations de cultures.
Qu’entend-on par « association de cultures » ? C’est le fait de cultiver au moins 2 plantes différentes sur la même surface. Et comme nous faisons nos plantations et récoltes à la main, nous pouvons techniquement faire toutes les associations que nous voulons. Nous ne sommes ni contraints par le décalage de plantation/semis ni par le décalage des récoltes. Ce qui n’est pas faisable, en grandes cultures, car les machines ne peuvent différencier les plantes lors de leurs passages.
La seule contrainte technique que nous ayons est d’associer des plantes avec des besoins en eau et en fertilisation identiques.
En effet, nos systèmes d’irrigation gèrent des zones sur lesquelles nous arrosons soit en goutte à goutte soit en aspersion. De même, nous amendons nos sols de manière identique par planche (20 m par 0,8 m) et ne pouvons donc pas associer sur une même planche des plantes avec des besoins très différents en eau et en fertilisation. Mais, à part cela, tout est ouvert.
Mais quel est l’intérêt d’associer des cultures ? L’idée est de faire bénéficier des avantages d’une plante aux autres à proximité et réciproquement. Nous privilégions principalement 3 aptitudes
spécifiques à certaines plantes.
1°) L’aspect répulsif contre certains ravageurs: la nature est ainsi faite que chaque plante a son ou ses ravageurs spécifiques. Si vous lui associez une plante qui fait fuir ces ravageurs, votre culture sera protégée. Les caractéristiques répulsives des plantes proviennent principalement de leur odeur. Les plantes à forte odeur attirent certains insectes mais en repoussent un plus grand nombre. Parmi ces plantes répulsives, nous trouvons notamment les plantes aromatiques telles que la menthe, l’aneth, le basilic, les herbes de Provence, …
2°) Les propriétés allélopathiques : Certaines plantes ont la particularité de libérer dans le sol des composés chimiques assimilables par les plantes voisines. Lorsque ces composés chimiques sont bénéfiques à la croissance ou à la résistance des plantes compagnes, on parle d’un processus allélopathique. Si, au contraire, les composés chimiques sont néfastes, on parle alors d’allélopathie négative. Mais ces composés chimiques ne sont ni bons ni mauvais en soi. Ils peuvent être profitables à certaines plantes et néfastes à d’autres… Ce domaine est passionnant et encore très peu documenté. On trouve tout et son contraire sur internet. Certains vous diront d’associer 2 plantes et d’autres de ne surtout pas le faire. Cela s’explique probablement par le fait que ce qui se passe chimiquement dans le sol ne dépend pas uniquement des plantes en présence. Cela dépend aussi certainement de la nature du sol, de l’état de son biotope et des conditions météorologiques.
Ainsi, rien ne vaut les essais dans votre jardin pour vous faire votre propre opinion !
3°) La pression sur les adventices : Certaines plantes ont une croissance très rapide et un grand pouvoir couvrant du sol limitant drastiquement la pousse d’autres plantes. Implanter de telles plantes une fois votre culture bien établie permet de réduire la pousse des adventices et de limiter les corvées de désherbage.
Nous avons fait plusieurs essais d’association à la ferme. Certains n’ont pas été très concluants. Mais nous avons déjà retenus 4 associations qui ont fait leurs preuves.
Poireaux/carottes : Nous dédions un jardins de plein champ aux poireaux et carottes. On alterne les planches de poireaux et de carottes. Les poireaux sont sensés repousser la mouche de la carotte et les carottes, la mouche du poireau. Depuis que nous associons ces 2 plantes, nous n’avons effectivement pas eu de dégâts de mouches. Pourvu que ça dure …
Fèves/fenouils : Les fèves sont des plantes très sensibles aux pucerons. Nous les cultivons au centre de nos planches et implantons de chaque côté des fenouils. L’odeur anisée des fenouils repousse les pucerons à merveille, et nos fèves restent vierges de tout puceron pendant tout leur cycle de vie.
Tomates/basilic/oignons : Nous cultivons nos tomates au centre de nos planches et implantons de chaque côté une alternance d’oignons frais blancs et de basilic. Les oignons et le basilique profitent de l’ombrage des feuillages de tomates. Et le basilic et les oignons semblent protéger les plants de tomates de leurs principaux ravageurs.
Ail/pêchers : Nos pêchers ont attrapé la « cloque » dès leur deuxième année de plantation. Cette maladie boursoufle les feuilles ce qui réduit drastiquement la photosynthèse et donc la croissance des arbres et le développement des fruits. Depuis 2 ans, nous implantons, au printemps, au pied de chaque pêcher, des bulbilles d’ail. L’ail se développe tranquillement et, comme par miracle, la cloque n’apparaît plus !
Nous continuons nos essais d’association pour développer d’autres itinéraires culturaux qui nous semblent bénéfiques.
Nous testons notamment cette année l’association carottes/trèfle. Le trèfle a l’avantage de se développer très vite, d’avoir un fort pouvoir couvrant et de ne pas se développer en hauteur. Une fois les carottes bien levées, l’implantation de trèfle permet de significativement diminuer le développement des adventices sans gêner l’accès à la lumière. Nous validons complètement l’aspect couvrant car un seul désherbage a été nécessaire dans les carottes cette année, lorsque 3 ou 4 étaient nécessaires avant. Reste à valider à la récolte pour voir si cette association n’a pas eu un impact négatif sur le rendement…
N’hésitez pas à faire vos essais d’associations dans votre jardin et à les reproduire sur plusieurs années avant de tirer des conclusions. Et vous pourrez, si vous le souhaitez, partager vos retours d’expérience avec nous. Nous sommes preneurs !



