L’Actu de la Prairie – Juillet 26

Adaptation aux canicules

Le printemps et l’été 2026 vont battre tous les records historiques. De sécheresse d’abord, puisqu’il ne pleut plus quasiment depuis février. La sécheresse de 1976 est significativement dépassée et l’année de référence sera désormais 2026. Mais aussi en terme de pic de chaleur. Une première canicule extrêmement précoce fin mai, une seconde mi juin et une troisième mi juillet. Ces 3 canicules ont duré d’une semaine à 10 jours à chaque fois avec des températures entre 35 et 40°C à l’ombre et de forts vents d’Est engendrant un terrible effet « sèche-cheveu ». La troisième canicule a encore été plus extrême avec 10 jours consécutifs au-dessus de 40°C à l’ombre. Du jamais vu dans l’Ouest !

Avec de telles conditions, les éleveurs et les maraîchers ont subi d’énormes pertes ! L’objet de cet article n’est pas de faire une litanie de nos pertes mais plutôt d’identifier ce que nous devons faire pour tenter de nous adapter à ces conditions qui vont malheureusement devenir la norme !

Une première démarche assez simple est d’observer la nature. Nous avons la chance de cultiver de nombreuses variétés différentes. Même si toutes les variétés d’un même légume souffrent à partir des mêmes températures, les dégâts peuvent être assez différents selon les cultivars. Grâce à ces conditions extrêmes, nous pouvons retenir les espèces qui souffrent le moins et éliminer celles qui subissent le plus de dégâts. Cela permettra de minimiser les pertes lors des prochaines canicules. Toutefois, cela ne suffira pas car à ces températures, 100% des choux et des petits fruits (fraises, cassis, groseilles, framboises) ont grillé.

Une seconde démarche très simple et aussi pleine de bon sens : arrêter les cultures trop gourmandes en eau. Chaque année, nous arrêtons la culture des salades et des radis dès que les températures grimpent afin de garder notre eau pour les cultures plus longues.

La troisième adaptation nécessaire mais plus complexe à mettre en œuvre est de cultiver à l’ombre !

Nous avons planté de nombreux arbres il y a 3 ans, pour les fruits mais aussi pour générer de l’ombre. Toutefois avec les aléas climatiques à répétition, cela devient très compliqué d’implanter de nouveaux arbres. Entre les pluies diluviennes de l’hiver 23/24, les canicules et sécheresses tous les étés et le coup de froid de l’hiver 25/26, nous avons perdu en 3 ans plus de 50 % de nos plantations ! Et il faut une bonne quinzaine d’année avant qu’un arbre génère une bonne ombre !

Il nous faut donc générer de l’ombre artificiellement.

Les gros maraîchers « blanchissent » leurs serres l’été avec une préparation à base de craie qu’ils épandent en avion sur leurs serres. Ce serait pertinent que nous blanchissions aussi nos serres mais c’est une énorme travail à faire à la main ! Jusqu’à présent, nous n’avons jamais pris le temps de le faire. Il faudra certainement ajouter ce travail à notre surcharge de travail durant l’été. Nous pouvons aussi poser des voiles d’ombrage à l’intérieur les serres. Nous allons étudier cet hiver la possibilité de fixer « simplement » ces voiles. Cependant, nos plus grosses pertes ont eu lieu sur les cultures de plein champs. Et là, c’est beaucoup plus compliqué de générer de l’ombre. Il nous faudrait, notamment, une ombrière rigide de 150 m² au dessus de fraises. Cela est faisable mais demande de nouveaux investissements alors que nos finances sont à sec !

Mais pour les petits fruits, cela est infaisables, ces derniers étant répartis à différents endroits de la ferme pour participer à la diversité des écosystèmes… Et pour les choux, la problématique est identique puisque les parcelles de culture changent chaque année pour respecter une rotation garantissant la non prolifération des ravageurs. Nous pourrions arrêter cette culture mais comment nous alimenter l’hiver sans chou…

Le dernier critère à améliorer est la gestion de l’eau. Nous avions anticipé à notre installation des sécheresses estivales et avons conçu notre système d’irrigation avec une citerne de stockage de 300 m³ nous garantissant une autonomie d’arrosage de 2 mois en cas de pénurie d’eau. Malheureusement, nous sommes en pénurie d’eau depuis 5 mois dorénavant et l’été n’est pas fini ! Notre citerne s’est avérée insuffisante. Il nous en faudrait une seconde toute aussi grande. Mais là encore, nous n’avons pas le moyen de ce nouvel investissement ! Nous risquons donc de devoir, chaque été, sacrifier des cultures pour réserver notre eau aux cultures les plus importantes.

Cela ne va malheureusement pas nous aider à espérer commencer à gagner de l’argent de notre activité de maraîchage…

Nous tentons, malgré tout, de garder le moral et allons repartir avec foi pour une année supplémentaire en nous adaptant au maximum et en espérant une météo plus clémente !

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