
Les engrais verts, à quoi ça sert ?
L’une des problématiques du maraîcher est de ne pas appauvrir son sol malgré la succession de cultures. Pour palier ce problème, le maraîchage industriel amende le sol, année après année de nombreux fertilisants externes, même en agriculture biologique. Toutefois, la bonne santé d’un sol, et donc sa fertilité, ne se réduit pas à la quantité des principaux éléments nutritifs tels que l’azote, le phosphate et le potassium. Le sol est un écosystème vivant regroupant des éléments minéraux, organiques, des bactéries, des microbes, des champignons et toutes sortes de petites « bébêtes ». Cet écosystème fonctionne selon des équilibres subtils et tous les éléments constitutifs sont nécessaires pour garantir une fertilité pérenne du sol. Les pratiques industrielles, basées sur le travail du sol et l’apport conséquent de fertilisants détruit cet équilibre et conduit inexorablement à la dégradation du sol. Il faut, année après année de plus en plus de fertilisants pour arriver, au bout de quelques dizaines d’années, à un sol quasiment stérile. Sans compter la faible qualité nutritive des légumes ayant poussé dans un tel sol dégradé !
Alors, quelle est la solution ?
Depuis le début de l’agriculture, l’Homme s’est rendu compte que les sols cultivés s’appauvrissaient rapidement. Il a alors pratiqué la jachère, laissant au repos des parcelles pendant plusieurs années afin qu’elles se régénèrent avant de les recultiver.
La culture des engrais verts n’est que l’amélioration de la pratique de la jachère. Le principe est de laisser au repos le sol un certain temps mais en « cultivant » des plantes bénéfiques au sol et sans en prélever la production. On optimise ainsi le principe de la jachère en choisissant les plantes qui couvriront le sol pour « booster » l’effet régénérateur.
Les engrais verts ont aussi un autre intérêt, celui de ne jamais laisser un sol nu, surtout en hiver. En effet, en hiver, un sol nu se dégrade. Les pluies et le vent entraînent la terre dans leur ruissellement ou souffle et provoquent de l’érosion, s’il n’y a pas de racines pour maintenir la terre en place. De plus, sans plante dans le sol, les éléments nutritifs sont « lessivés » par l’eau qui les entraîne dans le nappes phréatiques, engendrant potentiellement des pollutions à l’azote. Avec un couvert végétal, les éléments nutritifs sont fixés par les plantes et ne sont plus lessivés. Enfin, sur un sol nu, le choc des gouttes de pluie provoque un tassement en surface puis une « croûte » qui devient progressivement de moins en moins perméable à l’eau et l’air ! Il s’agit du phénomène de battance.
Autant, inclure dans la rotation des cultures la mise en place d’engrais verts est assez simple en plein champ, autant cela est beaucoup plus compliqué sous les serres. En effet, les serres représentent des investissements importants et il n’est pas viable de laisser au repos une surface importante de serres car les cultures rentables sont très principalement celles effectuées sous serre…
A Ça vit dans la Prairie, nous pratiquons la mise en place des engrais verts, même pour les cultures sous serre. Pour cela, nous déplaçons de 20 mètres nos serres (qui font 20 mètres de long) tous les 2 ans pour laisser au repos la surface complète de chaque serre et la remettre en condition naturelle extérieure. Nous en profitons pour implanter un engrais vert sur la surface libérée, tout en continuant de cultiver sous nos serres.
De nombreuses plantes peuvent être utilisées comme engrais verts. Il faut toutefois qu’elles poussent vite pour prendre la place et éviter le développement des adventices. Il faut aussi qu’elles se détruisent facilement pour éviter la repousse lors de la remise en culture. Enfin, en maraîchage, il faut éviter des engrais verts de même famille que les légumes cultivés pour maintenir une rotation des cultures. La rotation des cultures permet d’éviter la culture au même endroit de légumes de la même famille avant 4 ans, afin d’éviter l’implantation durable des ravageurs de cette famille de plantes. Il ne faudrait pas que les engrais verts mis en place rompent cette rotation. C’est pourquoi, les engrais verts de la familles des brassicacées (choux, radis, moutardes, …) sont notamment exclus.
A la ferme, nous avons retenu 2 familles d’engrais verts :
– des fabacées pour le pouvoir de fixation dans le sol de l’azote de l’air. Nous avons notamment choisi le trèfle et la vesce.
– des graminées pour leurs racines puissantes et profondes permettant de décompacter le sol et de remonter les éléments minéraux des couches profondes du sol. Nous avons notamment choisi l’avoine et le sorgho.
Le sorgho présente en plus l’avantage de produire beaucoup de biomasse (2 fauches par an) qui enrichira significativement le sol en humus suite à la décomposition de cette biomasse dans le sol.
Les pratiques culturales de ces engrais verts nécessitent un surplus de travail par rapport à la jachère mais ce surplus de travail permet de réduire la durée d’indisponibilité du sol. En effet, on estime qu’il faut au moins 4 ans de jachère pour qu’un sol se régénère. Un an d’engrais verts est suffisant.
Le semis de l’engrais vert se fait du printemps à l’automne selon les espèces retenues. Il faut couper l’engrais vert ensuite une à 2 fois avant montée en graine pour éviter les repousses l’année d’après.
N’ayant pas de moyen mécanique important pour la destruction de l’engrais vert et ne souhaitant pas travailler le sol en profondeur pour ne pas perturber les écosystèmes du sol, nous détruisons les engrais verts par bâchage pendant au moins 6 mois. Ainsi, sur la période de 2 ans de repos, nous aurons environ une année de culture d’engrais verts et plusieurs mois de bâchage pour la destruction de l’engrais vert et la décomposition dans le sol. Il est, évidemment, indispensable de ne pas exporter la biomasse produite et la réintégrer dans le sol. En effet, les plantes puisent leurs élements nutritifs dans le sol. Si ces élements ne sont pas réincoprés, le sol s’appauvrira.
Gâce à ces engrais verts, le sol sera naturellement enrichi et la vie interne sera en pleine effervescente avant la remise en culture.



