L’Actu de la Prairie – Août 26

Bilan au bout de 3 années

Nous allons tenter, dans cet article, de dresser un premier bilan de la ferme après 3 années d’existence. Il est toujours utile de se poser de temps en temps et de jeter un œil dans le retro, pour se redonner du courage et repartir de l’avant. Surtout après un été aussi éprouvant qu’exceptionnel !

Une fois n’est pas coutume, nous vous proposons de commencer par les réussites. Un peu d’auto-satisfaction ne fait jamais de mal… Mais rassurez-vous, nous aborderons aussi, en fin d’article, les axes d’amélioration !

Le premier point de satisfaction est l’installation de toutes nos infrastructures en un temps record et la validation de celles-ci, à l’usage. Nous sommes partis d’une prairie vierge à l’été 2023 et en 6 mois, nous avons installé 7 serres, 1 serre technique, 1 serre pépinière, 1 zone de stockage d’eau et tout le système d’irrigation. En parallèle, nous avons préparé nos zones de culture et cultivé dès début 2024 pour des récoltes à partir de mai 2024. Après 3 années d’exploitation, nous validons entièrement nos choix et nos infrastructures répondent parfaitement à nos attentes. Notamment, le système de déplacement de nos serres. Tous les 2 ans, nous les déplaçons en les montant sur roues. Cela nous permet de régénérer le sol après 2 années de cultures intensives en le remettant en conditions extérieures et en implantant des engrais verts.

De même, notre citerne souple de 300 m³ (type de citerne de pompier) nous assure une autonomie d’irrigation de près de 2 mois, sans aucune évaporation, lors d’un été normal. Cela n’a malheureusement pas été suffisant cet été !

Enfin, nous validons aussi nos tables chauffantes auto-construites, qui nous permettent de démarrer nos semis de tomates et autres solanacées dès février, avec une consommation électrique raisonnable et maîtrisée.

Le second point de satisfaction est le développement de la vie dans le sol et dans notre prairie. Le développement de zones sauvages, la mise en place de bassins et la plantation d’arbres fruitiers a permis l’implantation de nombreux animaux très utiles au jardin. Nous croisons régulièrement hérissons, grenouilles, crapauds, gros lézards verts et de nombreux oiseaux. Les couleuvres sont aussi présentes ce qui ne satisfait pas forcément les enfants… Nos pratiques culturales, entièrement manuelles, nous permettent d’améliorer, année après année notre sol argileux tout en maintenant sa fertilité et avec un très faible impact carbone. Les différents organismes souterrains semblent se plaire dans notre sol ! Cet écosystème vivant nous a prémuni, jusqu’à présent, d’importantes prédations et donc d’importants dégâts sur nos cultures, sans avoir besoin de produits phytosanitaires.

La réalisation de nos propres plants est aussi une réussite. Cela nous permet de réduire nos coûts de production mais surtout de cultiver des variétés anciennes, originales ou exotiques, pour le plaisir des yeux et des papilles.

Nous sommes aussi ravis d’avoir réussi à nous intégrer dans le tissu local. Les ventes du jeudi à la ferme se développent bien ainsi que les paniers à retirer à la ferme ou livrés sur des points de dépôt. Nous sommes fiers de fournir nos beaux légumes à 2 restaurants gastronomiques de la région, l’Auberge de la Madeleine à Gétigné et la PAP à la Bernardière. Nous participons aussi au « bien manger » local en fournissant la cantine de Boussay, la résidence pour séniors Jacques Bertrand à Clisson et ponctuellement le collège de l’Immaculée à Clisson.

Pour finir, nous avons développé un partenariat avec Yolaine Concocte à Saint-Hilaire de Clisson pour l’élaboration de bocaux bios avec nos surplus de légumes. Nos P’tits Festins de la Prairie vous invitent à vous faire plaisir ou à offrir des tartinades, confitures et autres condiments originaux.

Quand nous regardons le travail accompli en 3 ans, nous sommes vraiment émus et fiers ! Même si notre investissement est énorme et certainement plus que raisonnable, nous sommes heureux de notre vie et ne regrettons en rien notre reconversion professionnelle.

Tous ces points de satisfaction ne masquent pas les nombreux points d’amélioration à mettre en œuvre.

Concernant les cultures, nous éprouvons toujours de grosses difficultés avec les carottes. Notre sol lourd et argileux n’est vraiment pas facilitant. Après de nombreux essais variétaux, nous avons à peu près validé nos cultivars mais n’avons toujours pas trouvé le bon itinéraire cultural. Pré-germination ou non, semis manuel ou avec un semoir, densité de semis en fonction des saisons, …

Nous devons aussi nous améliorer sur la gestion de l’enherbement. La charge de travail du maraîcher est tellement importante, que c’est souvent le désherbage qui passe à la trappe. Et quand le retard s’accumule, les adventices montent en graines et l’enherbement augmente de manière exponentielle. Nous allons donc beaucoup plus cultiver sur toiles tissées l’année prochaine pour réduire les zones à désherber. Le paillage naturel avec notre foin n’est pas suffisant pour freiner les mauvaises herbes ! Nous continuerons néanmoins à l’utiliser pour les légumes d’été et quelques autres cultures courtes.

Même si notre écosystème héberge de nombreux auxiliaires, nous n’arrivons à encore à bien réguler les mulots. Blooma, notre chienne, est une experte en chasse du mulot, mais il va falloir trouver des répulsifs naturels à ces bébêtes car sa consommation personnelle n’est pas suffisante pour protéger nos légumes racines.

L’implantation d’arbres fruitiers nous pose aussi pas mal de soucis. Sur les 50 arbres plantés à l’automne 2023, nous avons subi une mortalité d’environ 50 % au bout de 3 ans. Les conditions climatiques en sont la principale raison. Mais quelles essences planter ? Nos étés vont ressembler aux étés méditerranéens mais nos hivers ne seront jamais aussi doux. Nous connaîtrons toujours le gel et ne pouvons donc pas implanter d’agrumes, d’avocats ou de manguiers ! Il y a là des recherches agronomiques à mener.

Le dernier point vraiment problématique est la gestion des canicules et de la sécheresse. Notre stockage d’eau s’est avéré insuffisant au vu de la sécheresse 2026. Il nous faudrait le double de stockage. Mais rajouter une citerne de 300 m³ représente un investissement de 10 000 € que nous ne pouvons nous permettre. Mais cela ne résoudrait toutefois pas la gestion des canicules. A plus de 35°C à l’ombre de nombreuses plantes meurent ou stoppent leur développement, même les pieds dans l’eau. Il faut donc réussir à diminuer les températures subies par les plantes. La solution la plus simple est l’ombrage. Nous allons acheter de nombreux voiles d’ombrage que l’on tendra dans les serres l’été prochain. Pour les cultures de plein champs, nous mettrons les mêmes voiles d’ombrages au-dessus d’arceau pour les plantes naines. Mais comment gérer les arbres et arbustes ? Cet été nous avons perdu tous nos petits fruits et les fruitiers n’ont rien donné. Comment protéger framboisiers, groseilliers, cassissiers, kiwis, répartis sur toute l’exploitation ? Comment faire en sorte que les protections résistent au vent ? Nous n’avons pas encore trouvé la solution !

Il nous faut donc encore nous creuser les méninges pour continuer à adapter notre ferme aux défis de demain… Mais nous devons aussi impérativement réussir à augmenter nos rendements de production pour augmenter nos ventes afin de pouvoir vivre de notre métier et commencer à nous rémunérer. Il faut aussi, en parallèle, que nous réussissions à optimiser nos tâches pour réduire notre charge de travail et nous octroyer plus que 3 week-ends et 2 semaines de vacances en janvier par an.

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