
Qu’est-ce qu’une ferme résiliente ?
Commençons par un rappel de la définition de la résilience : « Capacité à résister aux chocs traumatiques ».
La résilience devrait être un objectif de toute entreprise et notamment des exploitations agricoles afin de surmonter les aléas climatiques, de résister aux maladies et ravageurs, de survivre aux crises économiques et d’être peu impactées par les coûts et délais d’approvisionnement des intrants.
Force est de constater que l’agriculture conventionnelle est tout sauf résiliente. Il n’y a pas une année sans que les conditions climatiques ou économiques mettent en grosses difficultés de nombreuses exploitations agricoles.
Mais, difficile de blâmer les exploitants eux-mêmes, le modèle de l’agriculture française étant basé sur de la monoculture ou du mono-élevage sur de très grandes surfaces, nécessitant de grosses infrastructures et de nombreux équipements. Les agriculteurs conventionnels sont donc très endettés et se retrouvent pieds et poings liés aux lois du marché, aux équipementiers agricoles et aux fournisseurs d’intrants.
Voilà tout l’intérêt des micro-fermes diversifiées. En cultivant de toutes petites surfaces, pas besoin d’équipements lourds. L’objectif n’est pas le rendement mais la qualité et la diversité afin de développer un écosystème résistant aux aléas extérieurs.
A « Ça vit dans la Prairie », nous ne possédons que 4 hectares de terre et nous cultivons moins d’un demi hectare. Le reste est en prairie qui nous apporte le foin pour le paillage de nos cultures.
Concernant les aléas climatiques, nous cultivons à proximité de haies anciennes qui protègent du vent nos serres et les plantes de plein champ. Notre terre présente une légère pente ce qui nous permet d’évacuer l’éventuel trop plein d’eau via des mares et des fossés que nous avons creusés.
Contre la sécheresse, nous avons mis en place un système d’irrigation économe (micro-aspersion et goutte à goutte) couplé à la mise en place de paillage systématique afin d’éviter l’évaporation. De plus, nous stockons l’eau l’hiver dans une grande citerne souple de 300 m³ ce qui nous assure 2 mois de réserve d’eau l’été en cas de sécheresse. L’été 2025 nous a engendré quelques pertes (notamment les fraises) du fait des températures dépassant régulièrement 35°C mais nous avons géré la sécheresse avec notre réserve d’eau. Contre les températures extrêmes, nous allons mettre des ombrières au-dessus des cultures sensibles d’ici l’été prochain.
Concernant les maladies et ravageurs, nous avons mis en place un écosystème pour accueillir les prédateurs des ravageurs et nous tentons d’améliorer année après année cet écosystème. Les mares, haies, arbres, et autres fleurs accueillent hérissons, batraciens et insectes pollinisateurs qui régulent les populations de ravageurs.
Mais la meilleure défense face aux maladies et ravageurs, c’est la diversité des cultures et la rotation de celles-ci. Ainsi, même si une culture spécifique se trouve ravagée une année, les autres n’en seront pas touchées et la pérennité de l’entreprise ne sera pas remise en cause.
Pour ne pas être impactés par le prix de vente des différents légumes sur le marché du gros, nous avons fait le choix de ne vendre qu’en circuits courts. Nous pouvons ainsi maintenir nos prix quelles que soient les évolutions du marché. Cela nous permet aussi de fixer nos prix en cohérence avec la réalité du travail de production et non pas en comparaison avec des légumes venant de loin, cultivés dans des conditions inacceptables en France.
Pour diminuer notre dépendance aux semenciers, nous aménageons des zones de culture dédiées à la production de graines. Pour cela il faut cultiver jusqu’à maturité une seule variété de chaque espèce afin d’éviter tout risque de croisements. Dans quelques années, nous devrions avoir produit un stock de la majorité des graines que nous utilisons. Mais comme nous cultivons une quarantaine de variétés différentes, cela va prendre du temps !
Concernant les intrants, nous tentons de les produire à la ferme ou de nous approvisionner en local.
Pour les fertilisants, nous sommes totalement autonomes grâce aux fientes de nos poules et aux cendres de notre poêle à bois.
Pour le chaulage nécessaire afin de remonter le pH du sol, nous avons dû acheter du calcaire broyé au lancement de notre activité. Mais, dorénavant, nos pratiques culturales et nos rotations de cultures doivent nous permettre de stabiliser notre pH sans amendement extérieur.
Notre sol étant très argileux, nous devons incorporer tous les ans du compost de déchets verts. Cela permet d’alléger le sol et d’augmenter ses capacités de rétention en eau et en nutriments. Nous rêverions d’avoir le temps de faire notre propre compost d’herbe. Mais cela nécessite un tracteur (que nous n’avons pas) afin de mettre l’herbe fauchée en andain et de brasser l’andain d’herbe. Pour l’instant, il n’est pas difficile de s’approvisionner en compost de déchets verts auprès des collectivités locales. Si cet approvisionnement local venait à se tarir, nous réfléchirions sérieusement à développer notre propre compost.
Même si nous n’avons pas de tracteur, nous utilisons des outils qui nécessitent de l’énergie. Nous avons installé des panneaux solaires sur la maison ce qui nous permet de privilégier les outils électriques. Toutefois, il nous reste un motoculteur thermique et nous dépendons donc encore un peu des énergies fossiles. Mais il n’existe pas sur le marché à ce jour, de motoculteurs électriques adaptés aux activités de maraîchage.
Le dernier intrant sur lequel nous n’avons pas trouvé de solution miracle à ce jour est le terreau pour les semis en pépinière. Nous nous approvisionnons auprès d’un fournisseur spécialisé mais les principaux terreaux ne sont pas forcément produits en local et contiennent de la tourbe qui n’est pas durable. En effet, la tourbe met plusieurs siècles à se former et l’activité agricole consomme plus de tourbe que ce que la planète n’est capable de générer. Il existe des terreaux sans tourbe mais ils sont beaucoup plus chers et possèdent des caractéristiques moins favorables au développement des plantes. Nous ne pouvons nous permettre à ce jour de mettre en péril la production de nos plants tant que notre exploitation n’a pas atteint un seuil de performance suffisant.
Il est possible de faire soi-même son terreau en mélangeant du compost, de la terre et du sable. Nous approfondirons ce sujet lorsque nous produirons nous même notre compost d’herbe !
Enfin, nous restons tributaires de prestations mécanisées ponctuelles. Nous avons un accord avec un agriculteur voisin pour la réalisation de nos foins. L’entretien de nos haies nécessite aussi le passage d’un lamier tous les 7 ans environ. Nous ne pourrons jamais réaliser ces travaux nous-mêmes et c’est tant mieux. Cela évite la tentation de se renfermer sur soi et permet de nouer des collaborations en local sur le territoire. Solidarité et entre-aide font partie intégrante d’un système résilient !


